jeudi 4 octobre 2012

Université de Lorraine : Le grand gâchis au profit de la « visibilité »



Sur le papier tout semble prometteur dans la création de ce nouvel établissement qu'est l'Université de Lorraine : mutualisation des moyens, visibilité internationale, attraction pour les étudiants, moyens renforcés... Les politiques de tout bords, même du Front National, ne peuvent de prime abord qu'applaudir des deux mains la création de cette nouvelle entité, symbole d'ouverture et d'attractivité pour notre Région. 

Mais revenons rapidement sur les prémices de la construction de ce projet. En 2005, les 3 Universités de Nancy se regroupent au sein de Nancy Université. En 2009, l'Université de Metz les rejoint en créant désormais le « PRES de Lorraine » (Pôle de Recherche et d'enseignement supérieur). En 2011, un décret prévoit alors la fusion de toutes les Universités de Lorraine (en comptant ses antennes délocalisées comme Epinal, St Dié, Thionville …) et cela malgré, un avis défavorable du CNESER. 


Le 1er janvier 2012, l'Université de Lorraine voit le jour avec le statut de « Grand établissement ». Dès 2011, notre Université figurait déjà dans le fameux classement de Shanghai des Universités au 273ème rang sur 300 dans le Monde … quel exploit (sûrement grâce à la fusion …. !). 

Comme je l'ai annoncé alors au début, en théorie tout semble prometteur pour notre nouvel établissement. En théorie seulement …. 

Car ce statut de grand établissement qui nous est accordé, tel les tables de la loi apportées par Moïse, n'a rien de reluisant sur le fond. Ce statut permet, en effet, aux établissements de déroger à de nombreuses règles qui s’appliquent aux universités parmi lesquelles l’interdiction de sélectionner les étudiants à l’entrée de la licence ou encore même l'augmentation des frais d'inscriptions (cf des diplômes à Paris à plus de 4000€ !!!). 

D'autre part, au lieu de mutualiser les moyens, l'Université a voulu aller plus vite que son ombre et les problèmes administratifs et d'organisation perdurent …. sans parler de la complexité du nouveau dispositif de gestion de l'université entre les conseils d'UFR, les Collégiums, le Conseil de la Vie Universitaire, le Conseil de la Formation, le Conseil d'administration, le Sénat Académique et j'en passe …. 

Un autre problème de cette création relève du fait du caractère non démocratique de ses instances d'une part sur la sous représentation des étudiants dans les instances (mais aussi sur le mode d'élections des étudiants favorisant grandement les listes associatives au détriment des autres …) mais surtout la sur-représentation de personnalités extérieures notamment M Luc Chefeux, directeur des affaires scientifiques et internationales chez Arcelor Mittal …. Les Lorrains sauront appréciés l'entrée de ce Monsieur dans le Conseil d'administration ... notamment les habitants de la Vallée de la Fensch, en Moselle, où Mittal vient d'annoncer la fermeture de ses hauts fourneaux …. 

Enfin, autre complication pour ses étudiants qui avait fait le choix de Metz ou Nancy pour leurs formations afin de bénéficier (selon les diplômes) de l'attrait et du nom de l'Université pour valoriser leurs cursus, se retrouveront désormais titulaires de diplômes de l'Université de Lorraine contre leurs volontés … sans parler de la disparation quasi- certaine dans un avenir proche de certaines filières ou de certains cours afin de rationaliser les budgets obligeant ainsi les étudiants modestes à devoir soit trouver un logement, soit prendre un abonnement transport et tout cela sans compensation financière de l'Université, de l'Etat ou même de la Région Lorraine (comme cela fut promis) …. 

Autre source de critique possible, quel fut le coût de la communication autour de la création de l'Université de Lorraine ? Car il a bien fallut trouver un nouveau logo (faisant appel à un prestataire extérieur plutôt qu'en interne ce qui augmente de fait le prix …..), changer les brochures, les documentations, les cartes étudiantes, les noms sur les bâtiments, les sites internet ….. 

Evidemment, les solutions à apporter sont nombreuses concernant notre établissement d'enseignement supérieur. Cela se traduira en terme de gestion administrative, de simplification, de concertation avec l'ensemble du monde universitaire et par l'augmentation des moyens alloués à la recherche et à l'université. Nationalement, la Loi LRU votée sous le précédent gouvernement qui va de pair avec l'augmentation des dotations publiques, ne fut pas forcément une mauvaise chose en elle-même. Néanmoins, même si la gestion des établissements de manière autonome peut avoir, sans conteste, des effets positifs; il ne faut pas oublier que, en France, pays de tradition jacobine, des réformes de ce type, ne sont font pas en 1, 2 ou 5 ans mais sur une période beaucoup plus longue afin d'éviter toutes dérives de gestions au niveau universitaire localement et toutes disparités de traitement sur le territoire Français. 

La réforme de l'enseignement supérieur ne commence pas à la sortie du Lycée. Elle se construit dans un programme qui passe par la reconstruction des fondements de toute notre école républicaine. 

Naturellement, les efforts sont encore importants afin de permettre à la France de rivaliser avec ses homologues anglo-saxons par exemple. Il deviendra nécessaire d'augmenter les moyens des Universités Françaises pour les rapprocher de la moyenne de l'OCDE mais aussi de supprimer les disparités entre les étudiants des facultés et ceux des Grandes écoles qui bénéficient de moyens publics considérables (et même de salaires comme à l'ENA quand d'autres galère pour réussir à se payer une année d'étude …). 

La réforme de l'Enseignement Supérieur passera alors notamment par la réforme de l'orientation, le retour à l'Etat de la gestion de la masse salariale et des locaux, l'harmonisation des cursus, la lutte contre l'échec scolaire en 1ère année de licence, la construction de logements étudiants, la réforme du mode de fonctionnement interne des établissements universitaires ou encore le mode de sélection du personnel enseignant.
Jordan Grosse-Cruciani
Secrétaire Départemental du FN Vosges
Ancien élu étudiant dans les Conseils de l'Université de Nancy II
Sur le site du FNJ 54 aussi : http://fnj54.blogspot.fr/2012/10/universite-de-lorraine-le-grand-gachis.html

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